dimanche 13 mai 2012

The Red Lantern 1919

(Alla Nazimova, Edith Wherry et Albert Capellani)
La Lanterne rouge
Un film d'Albert Capellani avec Alla Nazimova, Noah Beery et Frank Currier

Vers 1900, à Pékin, Mahlee (A. Nazimova) une eurasienne se retrouve seule suite à la mort de sa grand-mère. Etant rejetée par sa communauté, elle trouve refuge au sein d'une mission américaine où elle se convertie au christianisme. Elle réalise bientôt qu'elle ne sera jamais membre de leur communauté à part entière...

En 1919, le réalisateur français Albert Capellani est déjà aux Etats-Unis depuis 4 ans. Il travaille avec la grande actrice russe Alla Nazimova sur plusieurs films qu'elle produit elle-même. Nazimova est une super star du théâtre qui se fait un nom à l'écran dans des rôles très divers. Le film est une adaptation d'un roman de Edith Wherry (voir photo ci-dessus). Nazimova joue un double-rôle : elle est à la fois Mahlee, l'eurasienne qui n'arrive pas à trouver sa place dans la société raciste de l'époque et Blanche, la fille du riche Sir Philip Sackville (F. Currier). Le film offre une débauche de décors incroyablement somptueux qui recréent un Pékin de studio plus vrai que nature. Et Nazimova porte des costumes qui ne dépareraient pas dans un film de Cecil B. DeMille. Elle revêt un costume constellé de brillants, de perles et de plumes de paon pour figurer la déesse de la Lanterne Rouge et inciter le peuple de Pékin à se révolter contre les missions étrangères. Nous sommes en pleine révolte des Boxers et Mahlee choisit finalement leur camp en réalisant qu'elle n'aura jamais sa place chez les chrétiens. Le fourbe Dr. Sam Wang (Noah Beery encore une fois dans un rôle de méchant) la pousse à le suivre dans sa croisade contre les chrétiens qui lui ont permis d'être éduqué, mais ne lui permettent pas de faire partie de leur monde. Mahlee est perdue dans un dilemne épouvantable : elle n'est pas considérée comme suffisamment chinoise avec ses longs pieds (qui n'ont jamais été bandés) et elle restera toujours une femme d'une autre race pour les européens. Amoureuse d'un jeune homme blanc, elle comprend que cet amour est sans espoir. Si le film reflète les préjugés racistes coloniaux de l'époque, il offre malgré tout un personnage plus complexe qu'il n'y paraît à Nazimova. Elle subit les préjugés des chinois et des européens qui rejettent les métis. Et on comprend facilement pourquoi elle décide d'aider les Boxers plutôt que de se résigner à son sort. Le film cite cette célèbre phrase de Kipling: "L'Orient est l'Orient, l'Occident est l'Occident et jamais ils ne se rencontreront." qui résume le crédo des occidentaux de l'époque. Nazimova endosse son personnage avec un immense talent. Elle utilise son corps de danseuse brillamment et son visage expressif a une réelle magie à l'écran. Le film montre aussi l'évolution d'Albert Capellani, du brillant pionnier du début des années 10 chez Pathé à cette fin des années 10 qui inaugurent le star-système. J'espère pouvoir un jour voir d'autres films américains de Capellani. Cette Red Lantern montre qu'il n'avait rien perdu de son talent.

2 commentaires:

playitagain.unblog.fr a dit…

Bonjour Ann. C'est la première fois que je vous laisse un commentaire, mais pas la première fois que je vous lis, loin de là. C'est toujours un bonheur de découvrir dans vos pages des films dont, pour beaucoup, je n'avais encore jamais entendu parler malgré ma cinéphilie et mon amour toujours grandissant pour le cinéma muet. Il n'est pas rare que vos chroniques éveillent en moi cette envie de voir les films dont vous parlez (comme pour L'Equipage de Tourneur), envie souvent frustrée d'ailleurs : pas de cinémathèque dans ma petite province, et la plupart de ces films sont introuvables en DVD. Mais comment faites-vous pour voir toutes ces raretés ?
je me suis permis de mettre un lien vers votre blog sur le mien (sur lequel il y a une catégorie "films muets" qui compte quelques dizaines de films… : http://playitagain.unblog.fr/).
Encore bravo pour votre travail.

Ann Harding a dit…

Merci pour votre chaleureux message, PlayitagainSam. Le cinéma muet français est bien mal représenté en DVD, c'est vrai. C'est tout le propos de ce Blog de rendre visible des films peu connus. A Paris, il existe diverses collections numérisées au Forum des Images, à la BNF et à la BiFi qui permettent déjà de voir des films rares. Il y a aussi des projections à la Cinémathèque et dans d'autres salles ici et là. Il faudrait qu'il y ait plus de films muets en DVD publiés en France. Heureusement Flicker Alley fait un excellent travail aux USA.